Uber: La métropole Bordelaise n’échappe pas à l’insécurité

Fin novembre 2019, des témoignages d’agressions sexuelles venus de toute la France affluent sous le hashtag #UberCestOver. Les chauffeurs Bordelais dénoncent un manque de professionnalisme de la part de certains de leurs collègues. 


« Il m’a forcé à l’embrasser, j’étais paralysée, je ne pouvais plus bouger », confie Noa Meerschaert à propos de sa sortie de boîte, le samedi 16 novembre, où un peu saoule, elle décide de rentrer en Uber. L’insécurité liée aux chauffeurs de la plateforme, a été pointée du doigt sur Twitter avec l’émergence des témoignages suivis du #UberCestOver. Elles sont nombreuses à avoir raconté le cauchemar qu’elles ont vécu. Selon Le Figaro ce n’est pas moins de 170 plaintes pour agressions sexuelles qui ont été enregistré aux Etats-Unis entre 2012 et 2015.

Noa Meerschaert, 21 ans, étudiante en lettres modernes à l’université Bordeaux Montaigne, n’a pas fait l’exception. Encore sous le choc, elle raconte : « J’étais avec mes copines à l’Iboat. Vers 4h30 un peu barbouillée par l’alcool, je décide de rentrer. Je me dis que c’est plus sur de rentrer en Uber qu’en tram, alors j’en commande un. Je monte dans la voiture, j’avais mis la mauvaise adresse comme lieu d’arrivé. Du coup, il manque de l’argent. Je lui explique que je peux lui donner la différence en liquide. Il me répond que sinon je peux également « payer en nature » sur le moment, je n’ai pas vraiment compris, alors je ne dis rien ». Elle reprend son souffle un instant. C’est à ce moment la, que pour la jeune femme, c’est l’enfer. « Il commence à me toucher les cuisses, puis à remonter, heureusement que j’avais un collant sinon… il n’aurait pas touché qu’en surface. La suite est floue, mais je sais que j’ai réussi à sortir à un stop ou un feu rouge. Je ne sais plus ça s’embrouille un peu… J’ai fini la route à pied. » S’arrête-t-elle, la voix tremblante. Elle reprend, après avoir allumé une autre cigarette : « C’était une sale soirée, mais ça va aller. Il faut le temps que je digère la chose. Aujourd’hui, je voudrais que les choses avancent et que de telles choses ne puissent plus se reproduire ». La jeune femme avec ses deux chignons sur la tête finit son café, il est temps qu’elle se rende à la fac.

L’avis des professionnels

Selon un rapport publié par Uber en 2017, la part des chauffeurs hommes, dans le monde, représente 63,9 % d’hommes, pour 36,1 % de femmes. Le boycott des chauffeurs hommes semble compliqué. Alors comment faire pour se sentir en sécurité ? Christophe Jourdan, chauffeur de taxi depuis 32 ans, ne passe pas par la plateforme. Il donne son avis: « Je n’en pense pas du bien c’est sûr. Nous, on est professionnels, on a passé un diplôme pendant deux mois à la chambre des métiers, avec de la théorie et de la pratique. On est plus fiable. Eux, ils ne sont pas du métier. » Il continue: « Il ne faut pas les mettre tous dans le même panier. Il y a des brebis galeuses partout. Mais imaginez, moi ma licence elle me coûte deux cent mille euros. Je ne vais pas m’amuser à agresser sexuellement des jeunes femmes, ça me coûterai cher. Et puis, je perdrai des clients, mais eux ils n’en ont rien faire vu le nombre de clients qu’ils ont. Quand Uber est arrivé sur le marché, on a perdu 40 % de la clientèle. Le seul marché qu’ils ne peuvent pas avoir, c’est les sociétés, elles n’utilisent pas Uber. En cas d’accident, elles ne sont pas couvertes. Ce n’est pas étonnant, avant la loi GrandGuillaume (N.d.l.r: survenu en 2016), les chauffeurs Uber avaient juste besoin de se faire enregistrer à la préfecture » ajoute-t-il sur un ton un peu agressif en levant les yeux au ciel. « Après le passage de cette loi, ils ont dû passer un examen, et là on s’est rendu compte que 90 % des VTC n’avaient plus le diplôme. »

Le son de cloche est le même du côté de la chauffeuse Uber Sanaa Benkhira. Dans sa voiture Infiniti Q50 noir, elle affirme « Ce n’est pas normal que ça se passe comme ça. On est là pour faire notre métier, et avec des événements comme ceux-là, ça vient ternir notre image, et la qualité de nos services. » Cette femme est professeure de langue au lycée, elle fait des courses pour arrondir ses fins de mois. Elle baisse un peu le volume de la radio pour laisser parler sa cliente, qui semble-t-il, souhaite donner son avis. Catherine Quiras, 45 ans, arrive tout droit de la Rochelle, pour venir rendre visite à sa fille. Sur le siège arrière, coté conducteur, la quinquagénaire brune prend la parole :« Je prends le taxi occasionnellement, pour le travail ou les voyages. J’ai tendance à privilégier Uber que je trouve moins cher. Mais avec les dernières actualités, j’avoue faire à nouveau plus appel aux taxis sans passer par la plateforme. L’insécurité, on y pense lorsque l’on est une femme. Mais pour moi, l’interdiction d’exercer pour les chauffeurs trop entreprenants semble être le minimum. » Affirme-t-elle avant que sa chauffeuse la dépose, non loin de la place de la Victoire.

Aujourd’hui, de nouvelles plateformes se mettent en place. Dans la capitale c’est l’application Kolett qui émerge. Un système de VTC par les femmes pour les femmes. Cette dernière créée le 12 septembre 2018, n’est malheureusement pas encore disponible dans la métropole Bordelaise.

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